Jackie Brown

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Réalisateur : Quentin Tarantino
Scénario :
Quentin Tarantino
Sortie
: 1er avril 1998
Durée : 2h 30min

Synopsis

Jackie Brown est une hôtesse de l'air.
Pour arrondir ses fins de mois, elle sert de passeur à un trafiquant d'armes, Ordell Robbie.
 Elle emporte dans ses bagages de l'argent liquide pour le compte de ce truand.

Un beau jour, un comité d'accueil l'attend à l'aéroport de Los Angeles : un agent du FBI accompagné d'un policier local. Ils espèrent obtenir son aide pour piéger le trafiquant.
 Jackie Brown monte alors un plan qui lui permettra de doubler tout ce beau monde durant le prochain transfert d'une somme de cinq cent mille dollars.

Genèse

Jackie Brown est une adaptation du roman d' Elmore Leonard : Rhum Punch.
Attendu depuis longtemps au tournant,
Q. Tarantino déboussole ses fans en nous narrant une histoire d’amour
entre deux personnes de quarante ans sur fond d’escroquerie.
Peu de violence , moins de provocation mais toujours l’art de conter,
les dialogues incisifs et un hommage aux Blaxploitation et à son égérie, Pam Grier.
Jackie Brown fait l’unanimité auprès du public et de la critique.

Distribution


Autour du Film

Citation de Elmore Leonard (Ecrivain de Punch Creol le roman adapté en film) :

A propos de Jackie Brown :
Le choix de Pam Grier était très judicieux. Quentin m'a appelé avant le tournage :
'Ça fait un an que j'ose pas t'appeler.'
J'ai répondu : 'Pourquoi ? Parce que tu as changé le titre et mis une femme noire dans le rôle principal ?
II a dit : 'Oui.'
Je lui ai répondu : 'Le roman, c'est le roman. Le film, c'est le film. Toi, tu fais le film. Je me moque si tu restes proche du livre ou pas. Je veux juste que ce soit un bon film et je suis sûr qu'il le sera.'
Mais ce devait être son film. II n'est pas seulement adaptateur. C'est un cinéaste.

J'ai adoré l'adaptation. Le film touchait juste. C'est mon livre, mais c'est vraiment un film de Quentin. Il a rajouté des dialogues, et pourtant mon roman en est rempli. Mais il adore les films où on cause. Dès le départ, Quentin a compris mon travail. Adolescent, il a volé mon roman de 1978, "La joyeuse kidnappée", dans un magasin et s'est fait attraper. Il comprend mon travail et m'a dit que je l'avais influencé en essayant de montrer les méchants comme des gens normaux quand ils ne commettent pas des délits. Comme parler hamburgers avant de sortir leur flingue. C'est aussi ce que je fais dans mes romans. J'essaie de les rendre intéressants et identifiables même s'ils sont capricieux et font des trucs bizarres. Ils sont comme tout le monde. Que veulent-ils ? Ils veulent être heureux à leur façon. Quentin a compris cela.

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Critiques

Critique télérama

Quentin Tarantino n'en fait qu'à sa tête. On lui réclamait, et vite, un Pulp Fiction volume 2. Il pouvait sûrement le faire, en forçant même la dose, tel un Monsieur Plus du néo-polar : plus de tueurs impassibles déguisés en Blues Brothers, plus de camés, plus de seconds rôles loufoques, plus de joutes oratoires, flingues au poing, sur fond de surf-music des cavernes. Plus de pulpe juteuse, plus de fiction déjantée, et je te secoue ça dans le shaker, à servir et consommer frais.
Et puis, niet. Il a pris tout son temps. Et c'est, finalement, pour offrir ce film étonnant qui s'éti- re, paresse et paraît même patiner au démarrage. Un film où il ralentit délibérément le tempo, où il change de disque, au propre et au figuré. Dès la scène d'ouverture, une hôtesse de l'air paraît dans les couloirs d'un aéroport, elle marche d'un pas pressé, mais, en contrepoint, une chanson lente l'accompagne, et c'est elle qui donne le ton. Ambiance indolente, cotonneuse, chaude...
L'hôtesse de l'air, Jackie Brown (Pam Grier), passe en fraude du fric sale pour le compte du gangster Ordell Robbie, et, coucou, Tarantino ressort de sa manche Samuel L. Jackson, oui, le même qui lisait un verset de la Bible avant d'appuyer sur la gâchette dans Pulp Fiction. Ici, affublé d'une queue-de-cheval derrière l'occiput, d'une queue de rat au menton, lui aussi y va cool. Quand il parle, Ordell, c'est encore de la musique. Ça fait chanter des phrases ponctuées de _in' nigga à faire blêmir un Spike Lee. Il peut râler, Spike, c'est quand même Tarantino qui donne aux acteurs noirs des rôles en or. Adaptant un roman d'Elmore Leonard (Punch créole), il a transformé la blanche Jackie Burke en Jackie Brown, comme son nom l'indique. Tout ça pour réinstaller Pam Grier, star black un peu oubliée des années 70, en haut de l'affiche.
Car tel est Tarantino, qui fait des films pour y caser ses obsessions de gamin, ses marottes, ses fétiches, ses disques préférés, ses idoles de sé- rie B, de feuilletons télé, son bric-à-brac de sous-culture. « Si je veux, je ressuscite pour de bon Travolta », et voilà Pulp Fiction. « Si je veux, Pam Grier redevient star », et la voici héroïne de Jackie Brown. Une héroïne au petit pied, qui a été un peu malmenée par l'existence, mais qui s'apprête à blouser tout le monde dans les grandes largeurs. Côté malfrats, Ordell et ses comparses : une poupée blonde en mini-short (Bridget Fonda) et un abruti mal rasé, tout juste sorti de taule, qui tire poussivement sur une pipe en porcelaine (Bob DeNiro, qu'on imagine volontiers pouffant de rire entre les prises...). Côté flics, un Michael Keaton tout lisse et propret, parfait, qui cherche à coincer Ordell.
Le « coup » fumant de Jackie Brown se monte au rythme poisseux d'une musique omniprésente mais aussi des conversations. Quentin Tarantino aime les personnages intarissables. Dans Reservoir Dogs et Pulp Fiction, aussi forts que les images chocs ou les canardages, il y avait ces dialogues où l'on tchatchait sans fin. Dans ses films, la parole passe avant l'action, elle la commande. Dans Jackie Brown, on ne flingue plus (enfin, juste ce qu'il faut...) mais on cause de plus belle. On chipote, on digresse. On chipote sur la couleur et le motif d'un sac de supermarché. On digresse sur les vieux disques en vinyle, à quoi bon les racheter en CD, etc. On parle de ce qu'on va faire puis de ce qu'on a fait.
L'arnaque de la Jackie est répétée comme une pièce de théâtre qui se jouerait sur la scène d'un centre commercial, entre une cafétéria et un magasin de vêtements. Lieux passe-partout d'une Amérique standard. Le roman d'Elmore Leonard se passait à Miami. Tarantino l'a transposé dans la South Bay, qu'il connaît par coeur, ces banlieues mornes et ensoleillées de Los Angeles qui s'appellent Carson, El Segundo, Torrance, Hawthorne... Eden en toc, béton et plastique, où l'on croise des individus qu'on peut prendre pour des pantins largués.
Tarantino nous balade ainsi jusqu'à ce que l'absence d'effets, de trucs, de spectaculaire fasse son effet. Jusqu'à ce que ce tempo nous ait conquis tout à fait. Jusqu'à ce que les protagonistes de cette assez mince intrigue imposent leur présence, deviennent chair à fiction. Et mémorables. Tarantino se paie le luxe de choisir pour la reine Pam le plus loser des princes charmants. Max Cherry, c'est son nom, survit en lisière du monde des malfrats. Il est bailbondsman, il se charge de régler leur caution quand on les relâche de prison. Le bonhomme frise la soixantaine, il est usé, désabusé et, sous les traits d'un acteur de second plan au regard de chien triste (l'étonnant Robert Forster), il est l'antihéros par excellence, celui sur qui personne ne miserait un cent. Et pourtant...
La vraie surprise de Jackie Brown est là. Elle risque de troubler ceux qui ne voyaient en Tarantino qu'un bar- bare sapant les fondements de notre civilisation. Il y a une morale, pas très orthodoxe mais qui fait la part belle aux pas-de-chance, pleine de sympathie chaleureuse pour les débrouillards pas méchants. Le trublion de Hollywood a réussi son coup. Au lieu de l'explosion attendue, il a réussi à imposer une torpeur trompeuse avant de la dissiper comme par enchantement, pour mener l'action à son terme de manière imparable et très calculée. Et tout alors est devenu limpide. Ce dialoguiste brillant, bon directeur d'acteurs, music lover émérite, est un grand cinéaste mineur dont la passion du cinéma est plus contagieuse que jamais. On ne regrette vraiment pas d'avoir attendu... -
François Gorin
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