Jackie Brown est une hôtesse de l'air.
Pour arrondir ses fins de mois, elle sert de passeur à un
trafiquant d'armes, Ordell Robbie.
Elle emporte dans ses bagages de l'argent liquide pour le
compte de ce truand.
Un beau jour, un comité d'accueil l'attend à
l'aéroport de Los Angeles : un agent du FBI
accompagné d'un policier local. Ils espèrent
obtenir son aide pour piéger le trafiquant.
Jackie Brown monte alors un plan qui lui permettra de doubler
tout ce beau monde durant le prochain transfert d'une somme de cinq
cent mille dollars.
Q. Tarantino déboussole ses fans en nous narrant une
histoire d’amour
entre deux personnes de quarante ans sur fond d’escroquerie.
les dialogues incisifs et un hommage aux Blaxploitation et à
son égérie, Pam Grier.
- Pam Grier : Jackie Brown
- Samuel L. Jackson : Ordell Robbie
- Robert De Niro : Louis Gara
- Bridget Fonda : Mélanie
- Michael Keaton : Ray Nicolette
- Robert Forster : Max Cherry
- Michael Bowen : Mark Dargus
- Chris Tucker : Beaumont Livingston
- Lisa Gay Hamilton : Sheronda
- Quentin Tarantino : la voix de la machine (VO, absent du
générique)
Autour
du Film
Citation de Elmore Leonard (Ecrivain de Punch Creol le roman
adapté en film) :
A propos de Jackie Brown :
Le choix de Pam Grier était très judicieux.
Quentin m'a appelé avant le tournage :
'Ça fait
un an que j'ose pas t'appeler.'
J'ai répondu : 'Pourquoi ? Parce que tu as changé
le titre et mis une femme noire dans le rôle principal ?
II a dit : 'Oui.'
Je lui ai répondu : 'Le roman, c'est le roman. Le film,
c'est le film. Toi, tu fais le film. Je me moque si tu restes proche du
livre ou pas. Je veux juste que ce soit un bon film et je suis
sûr qu'il le sera.'
Mais ce devait être son film. II n'est pas seulement
adaptateur. C'est un cinéaste.
J'ai adoré l'adaptation. Le film touchait juste. C'est mon
livre, mais c'est vraiment un film de Quentin. Il a rajouté
des dialogues, et pourtant mon roman en est rempli. Mais il adore les
films où on cause. Dès le départ,
Quentin a compris mon travail. Adolescent, il a volé mon
roman de 1978, "La joyeuse kidnappée", dans un magasin et
s'est fait attraper. Il comprend mon travail et m'a dit que je l'avais
influencé en essayant de montrer les méchants
comme des gens normaux quand ils ne commettent pas des
délits. Comme parler hamburgers avant de sortir leur
flingue. C'est aussi ce que je fais dans mes romans. J'essaie de les
rendre intéressants et identifiables même s'ils
sont capricieux et font des trucs bizarres. Ils sont comme tout le
monde. Que veulent-ils ? Ils veulent être heureux
à leur façon. Quentin a compris cela.
Goodies
Critiques
Critique
télérama
Quentin Tarantino n'en
fait qu'à sa tête. On lui réclamait, et
vite, un Pulp Fiction volume 2. Il pouvait sûrement le faire,
en forçant même la dose, tel un Monsieur Plus du
néo-polar : plus de tueurs impassibles
déguisés en Blues Brothers, plus de
camés, plus de seconds rôles loufoques, plus de
joutes oratoires, flingues au poing, sur fond de surf-music des
cavernes. Plus de pulpe juteuse, plus de fiction
déjantée, et je te secoue ça dans le
shaker, à servir et consommer frais.
Et puis, niet. Il a pris tout son temps. Et c'est, finalement, pour
offrir ce film étonnant qui s'éti- re, paresse et
paraît même patiner au démarrage. Un
film où il ralentit
délibérément le tempo, où
il change de disque, au propre et au figuré. Dès
la scène d'ouverture, une hôtesse de l'air
paraît dans les couloirs d'un aéroport, elle
marche d'un pas pressé, mais, en contrepoint, une chanson
lente l'accompagne, et c'est elle qui donne le ton. Ambiance indolente,
cotonneuse, chaude...
L'hôtesse de l'air, Jackie Brown (Pam Grier), passe en fraude
du fric sale pour le compte du gangster Ordell Robbie, et, coucou,
Tarantino ressort de sa manche Samuel L. Jackson, oui, le
même qui lisait un verset de la Bible avant d'appuyer sur la
gâchette dans Pulp Fiction. Ici, affublé d'une
queue-de-cheval derrière l'occiput, d'une queue de rat au
menton, lui aussi y va cool. Quand il parle, Ordell, c'est encore de la
musique. Ça fait chanter des phrases ponctuées de
_in' nigga à faire blêmir un Spike Lee. Il peut
râler, Spike, c'est quand même Tarantino qui donne
aux acteurs noirs des rôles en or. Adaptant un roman d'Elmore
Leonard (Punch créole), il a transformé la
blanche Jackie Burke en Jackie Brown, comme son nom l'indique. Tout
ça pour réinstaller Pam Grier, star black un peu
oubliée des années 70, en haut de l'affiche.
Car tel est Tarantino, qui fait des films pour y caser ses obsessions
de gamin, ses marottes, ses fétiches, ses disques
préférés, ses idoles de sé-
rie B, de feuilletons télé, son
bric-à-brac de sous-culture. « Si je veux, je
ressuscite pour de bon Travolta », et voilà Pulp
Fiction. « Si je veux, Pam Grier redevient star »,
et la voici héroïne de Jackie Brown. Une
héroïne au petit pied, qui a
été un peu malmenée par l'existence,
mais qui s'apprête à blouser tout le monde dans
les grandes largeurs. Côté malfrats, Ordell et ses
comparses : une poupée blonde en mini-short (Bridget Fonda)
et un abruti mal rasé, tout juste sorti de taule, qui tire
poussivement sur une pipe en porcelaine (Bob DeNiro, qu'on imagine
volontiers pouffant de rire entre les prises...).
Côté flics, un Michael Keaton tout lisse et
propret, parfait, qui cherche à coincer Ordell.
Le « coup » fumant de Jackie Brown se monte au
rythme poisseux d'une musique omniprésente mais aussi des
conversations. Quentin Tarantino aime les personnages intarissables.
Dans Reservoir Dogs et Pulp Fiction, aussi forts que les images chocs
ou les canardages, il y avait ces dialogues où l'on
tchatchait sans fin. Dans ses films, la parole passe avant l'action,
elle la commande. Dans Jackie Brown, on ne flingue plus (enfin, juste
ce qu'il faut...) mais on cause de plus belle. On chipote, on digresse.
On chipote sur la couleur et le motif d'un sac de
supermarché. On digresse sur les vieux disques en vinyle,
à quoi bon les racheter en CD, etc. On parle de ce qu'on va
faire puis de ce qu'on a fait.
L'arnaque de la Jackie est répétée
comme une pièce de théâtre qui se
jouerait sur la scène d'un centre commercial, entre une
cafétéria et un magasin de vêtements.
Lieux passe-partout d'une Amérique standard. Le roman
d'Elmore Leonard se passait à Miami. Tarantino l'a
transposé dans la South Bay, qu'il connaît par
coeur, ces banlieues mornes et ensoleillées de Los Angeles
qui s'appellent Carson, El Segundo, Torrance, Hawthorne... Eden en toc,
béton et plastique, où l'on croise des individus
qu'on peut prendre pour des pantins largués.
Tarantino nous balade ainsi jusqu'à ce que l'absence
d'effets, de trucs, de spectaculaire fasse son effet.
Jusqu'à ce que ce tempo nous ait conquis tout à
fait. Jusqu'à ce que les protagonistes de cette assez mince
intrigue imposent leur présence, deviennent chair
à fiction. Et mémorables. Tarantino se paie le
luxe de choisir pour la reine Pam le plus loser des princes charmants.
Max Cherry, c'est son nom, survit en lisière du monde des
malfrats. Il est bailbondsman, il se charge de régler leur
caution quand on les relâche de prison. Le bonhomme frise la
soixantaine, il est usé, désabusé et,
sous les traits d'un acteur de second plan au regard de chien triste
(l'étonnant Robert Forster), il est l'antihéros
par excellence, celui sur qui personne ne miserait un cent. Et
pourtant...
La vraie surprise de Jackie Brown est là. Elle risque de
troubler ceux qui ne voyaient en Tarantino qu'un bar- bare sapant les
fondements de notre civilisation. Il y a une morale, pas
très orthodoxe mais qui fait la part belle aux
pas-de-chance, pleine de sympathie chaleureuse pour les
débrouillards pas méchants. Le trublion de
Hollywood a réussi son coup. Au lieu de l'explosion
attendue, il a réussi à imposer une torpeur
trompeuse avant de la dissiper comme par enchantement, pour mener
l'action à son terme de manière imparable et
très calculée. Et tout alors est devenu limpide.
Ce dialoguiste brillant, bon directeur d'acteurs, music lover
émérite, est un grand cinéaste mineur
dont la passion du cinéma est plus contagieuse que jamais.
On ne regrette vraiment pas d'avoir attendu... -
François Gorin