Kill Bill : volume 1
Interview de Q. Tarantino
Pourquoi un film d'arts martiaux ?
Quentin Tarantino : Au risque que ma réponse paraisse
académique, j'ai grandi dans une communauté noire
où les films d'arts martiaux étaient très
populaires. Je souhaitais rendre hommage à ce type de
cinéma et retrouver cette énergie vitale qui lui
était inhérent. Le thème de la vengeance me permet
d'ailleurs d'utiliser les vieilles qualités des Shaw Brothers.
Concernant mes influences en termes de bande dessinée, je
préfère simplement parler de feeling. Le personnage qui
se veut le plus proche de cet univers n'est autre que la reine du crime
O-Ren Ishii (Lucy Liu). Quant au volume 2, vous ne serez pas
déçus, il y aura moins d'action mais plus de dialogues
décalés, dont un savoureux sur Superman !
Une fascination pour les personnages féminins
Quentin Tarantino : Pam Grier et Uma Thurman sont des femmes que
j'adore. Je fais en sorte que vous les chérissiez à
travers mes yeux. Je construis l'intrigue du film autour d'elles pour
ainsi magnifier leurs qualités et faire en sorte qu'elles
donnent le meilleur d'elles-mêmes. Quant au travail
d'écriture, je pars d'une idée originale que je laisse
mûrir pendant de longs mois dans ma tête. J'y pense de
manière obsessive et de temps à autre se dégagent
des perles que je couche aussitôt sur le papier. Une fois les
personnages établis, je les laisse parler dans mon esprit et ils
guident ainsi ma plume.
La scène de combat en noir et blanc
Quentin Tarantino : J'ai toujours pensé à faire cette
scène en noir et blanc, car ce procédé stimule
l'oeil et donne un côté encore plus écarlate au
sang. Comme disait Godard, "Il n'y a pas de sang dans mon film mais de
la couleur rouge !" En fait, ce qui pose problème pour le public
occidental, ce n'est pas le sang, mais la couleur rouge.
Collaborer avec Tarantino
Lawrence Bender : J'obéis à tout ce qu'il me dit de
faire. C'est un perfectionniste qui sait ce qu'il veut. Quand je l'ai
connu à ses débuts, il n'avait aucune expérience
du milieu du cinéma. Mais voyant qu'il apprenait très
vite, j'ai eu peur pour ma place. Pendant le tournage de Reservoir
dogs, je craignais même d'être viré du tournage ! Je
lui fournis l'environnement le plus créatif possible pour
respecter sa vision du film et faire en sorte qu'il puisse donner libre
cours à son imagination. Je lui fais totalement confiance et je
me déclare satisfait lorsque je reçois au matin la
feuille de tournage du jour même. Pour Kill Bill, Quentin
Tarantino voulait aboutir à une expression artistique forte en
compliquant tout lui-même. Il ne voulait pas faire comme ces
"charlatans", mais tout en vrai, en grandeur nature. Rien que filmer
les scènes de combat dans le cabaret japonais a pris plus de
huit semaines.
Tarantino fétichiste des pieds ?
Quentin Tarantino : Chaque gros plan de pied est parfaitement justifié ! (rires)
Julie Dreyfus : A un moment du film, on voit un gros plan de mon pied
sur la pédale d'accélérateur d'une voiture. Rien
que pour cette scène, je me suis rendu à plusieurs
reprises chez le pédicure. En tant que perfectionniste, Quentin
écrit de façon détaillée les
caractéristiques de chaque personnage, tout est
déjà pensé par lui et cela nous facilite la vie
dans notre approche d'acteur.
Et la vengeance ?
Quentin Tarantino : Je ne l'ai jamais expérimentée
personnellement. La vengeance appartient aux hommes en colère...
J'ai un tempérament trop calme et une vie trop belle pour me
laisser aller à ce type de dérive. Je
préfère ignorer mon adversaire plutôt que le
dénigrer.
La bande-son
Quentin Tarantino : Obtenir les droits n'a pas posé de
difficultés particulières. Il suffisait d'appeler la
maison de disque, heureuse que vous utilisiez l'un de ses titres. J'ai
réussi à avoir des compositeurs qui ne le savent pas
eux-mêmes. Les Shaw Brothers ne s'embarrassaient pas de ce type
de problème, ils prenaient et combinaient des sons et des
musiques comme bon leur semblait, posant par exemple une musique
d'Isaac Hayes sur un combat de kung-fu ! (rires) Cette juxtaposition
musicale fait partie intégrante du genre. Le rappeur RZA, qui a
composé une partie de la bande originale, partageait le
même amour que moi pour les films d'arts martiaux et comprenait
tout à fait ce que je recherchais. Des raccourcis mentaux se
créaient automatiquement entre nous, me facilitant ainsi le
travail.
Les projets en vue
Quentin Tarantino : Pendant ces cinq dernières années,
j'ai écrit deux scénarii sur des films ayant pour cadre
la Seconde Guerre mondiale, deux histoires séparées,
n'ayant pas de lien de cause à effet, mais
interprétées par les mêmes personnages. Mon
prochain projet, ce pourrait bien être un western spaghetti "made
in Seconde Guerre mondiale", une sorte de Il était une fois une France occupée par les nazis
(rires). A part ça, pendant le tournage de Kill Bill, beaucoup
d'idées m'ont traversé la tête, j'y
réfléchirai réellement après la sortie du
volume 2.
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Critiques
Critique Première
Pour varier les plaisirs, il varie
les traitements, passant du noir et blanc à l'’animation et
à d'’autres styles dont il n'’est pas indispensable de
connaître l’'origine pour les apprécier. »
« Tarantino confirme avec ses choix et sa direction d'’acteurs
l’'une de ses qualités les plus indiscutables : il donne
à chacun l’'occasion de briller ou de montrer les aspects
inusités de son registre. »
« Le résultat est un film d'’action qui dépasse en
plaisir tout ce qu’'on pouvait imaginer. C’est un défi
lancé à tous les cinéastes en activité.
»
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